Édition en mode texte de {Resistons_Ensemble}
Á propos de cette page
Sommaire de la page :

Articles

Articles récents

Rubrique : {Dernier bulletin}

RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 68 / octobre 2008

A fiché, fiche, fichera

Le vendredi 10 octobre 2008


-  A fiché, fiche, fichera
-  La cassation de la cassation !
-  Inculpations suite aux incendies des centres de rétention : l’injustice suit son cours

-  [ S U R L E V I F ]
L’enfer du Nord

-  [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]
Que vaut la vie d’Illiès ?
Enrayons la machine à expulser !
Abou Bakari Tandia, du nouveau...
Le fichage des « non chrétiens »
Pas de « bavure »...
Rouillan, tais-toi ou c’est la perpète !
Police vs. antifascisme

-  [ A G I R ]
Hakim Ajim avait 22 ans
Report du procès des manifestants de Fresnes
N’oublions pas Marina Petrella
Offense présidentielle
Le sécuritaire ne nous fera pas taire !
Freedom not fear




A fiché, fiche, fichera


C’est la gauche, en 1991, qui a créé l’ancêtre du fichier Edvige des RG. Mais depuis toujours l’État fiche. C’est normal. Pour maintenir l’ordre social il a besoin de savoir, en vue de contrôler et réprimer toutes les déviations, résistances et oppositions. Les développements technologiques ont évidemment rendu plus large, plus facile, plus pénétrant le fichage. Aujourd’hui on est aussi fiché quand on se déplace (Navigo), on se soigne (carte de sécu), par la biométrie (ADN), par l’Internet, les portables, la vidéosurveillance... et demain les nanotechnologies.
Le PS parle de « recul » et Bayrou de « victoire de la démocratie » pour le remaniement d’Edvige, mais ils la ferment sur Cristina au nom de la sécurité nationale. Il n’y a pas de victoire. Divisé, renommé, ce fichier de plus reste.
Cependant, jusqu’ici le sécuritaire était une autoroute pour les gouvernements dans la démagogie électorale. Lois répressives, réaménagement urbain, fichage génétique, peines planchers... tout passait sans gros accroc. Mais derrière la tempête médiatique il y a du nouveau. Pour la première fois depuis longtemps « l’insécurité » paye moins. Les politiciens s’agitent parce qu’ils ressentent un ras-le-bol populaire. Les signatures massives contre Edvige révèlent que face aux réalités quotidiennes de la population (spéculation immobilière, chômage, salariat précaire et abrutissant, isolement...) une idée positive commencerait à frayer son chemin : le tout sécuritaire n’est pas une solution à la misère, mais au contraire l’outil pour la perpétuer. Ce mécontentement est encore diffus, sans expression politique claire, mais il est porteur d’espoir. Et ça ne traîne pas. Chez Renault à Sandouville, les ouvriers en grève ont empêché Sarkozy de faire son baratin. Il a dû envoyer 200 gardes mobiles à l’intérieur de l’usine pour les refouler.


La cassation de la cassation !
Poursuivi depuis 2002 par le ministère de l’intérieur pour diffamation, Hamé (La Rumeur) a été relaxé le 23 septembre 2008 par la cour d’appel de Versailles après un arrêt de renvoi de la cour de cassation. Trois jours après la relaxe, on apprend qu’il y a un second pourvoi en cassation. La cassation de la cassation, fait rare voire unique en matière de presse !
Ici il ne s’agit pas seulement de liberté d’expression mais aussi d’invoquer la légitimité de débattre « sans tabou sur les pages sombres de l’histoire de la police française ». Lorsqu’il s’agit de dénoncer les exactions de la police française depuis ces 50 dernières années (les ratonnades, les assassinats du 17 octobre 1961, les violences policières dans les quartiers...), le ministère de l’intérieur sort les crocs, fait pression sur la justice et harcèle ceux qui font état de vérités historiques et qui exigent que ces dernières soient reconnues.
On parle de cette affaire aux Etats-Unis, en Espagne, en Allemagne... mais en France pas un mot ou si peu ! Où sont passés les grands défenseurs de la liberté d’expression ? Où est passée l’indépendance de la presse ? Par contre cette affaire illustre que la justice peut, trop rarement, agir en toute indépendance, en dépit des pressions politiques sur ce dossier.
Quand la police aboie et que la presse se tait, nous soutenons la Rumeur !
Pour signer la pétition et avoir plus d’infos : http://www.la-rumeur.com


Inculpations suite aux incendies des centres de rétention : l’injustice suit son cours
Ce mois-ci, quatre militants pro-sans papiers de la région parisienne et une militante de Tours ont été convoqués devant la police, avec mandat d’amener si non présentation, dans le cadre de l’enquête menée suite à la plainte qu’Hortefeux a déposée après le début d’incendie du camp de rétention du Mesnil Amelot le 2 août. Quant aux inculpés sans papiers accusés d’avoir mis le feu au centre de rétention de Vincennes en juin dernier, ils ont été auditionnés par le juge d’instruction. Une trentaine de personnes sont allées devant les bureaux des juges d’instruction. Là, elles ont témoigné bruyamment leur soutien aux inculpés en criant : « Ni prison ni rétention, liberté pour les sans-papiers ». Si procès il devait y avoir ce devrait être celui des centres de rétention et des politiques migratoires et non celui de ces quatre hommes prélevés parmi les retenus révoltés, mais s’ils n’ont pas eu besoin de nous pour se révolter, ils ont maintenant besoin de nous pour les soutenir. Il ne faut pas les oublier. Envoyez vos chèques de soutien à l’ordre de CICP-Vincennes, à CICP-Vincennes, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.



> [ S U R L E V I F ]



L’enfer du Nord
À Calais, porte close vers l’Angleterre, la fermeture du camp de Sangatte fin 2002 a poussé les réfugiés indésirables à la périphérie, dans les bois, invisibles, à la merci de la police.
Le 15 septembre une lettre publique écrite par Temesghen B. et traduite par Sylvain G. est diffusée. Le réfugié érythréen raconte « la jungle », « annexe de l’enfer. Oui, doivent être jugés la France et aussi l’Europe, dont les politiques font que nous vivons pire que des chiens. Dog life. Not an European dog. An African dog ! Oui, d’ici je vous écris pour vous dire ce que vous savez déjà : nous sommes jour après jour pourchassés, gazés, arrêtés, blessés, relâchés, harcelés, arrêtés de nouveau, nos “rooms” sont détruites, nous les reconstruisons pour qu’elles soient de nouveau détruites... Nous sommes chaque jour de plus en plus malades, et jusqu’à ces maladies que vous ne connaissiez plus : 10 cas de tuberculose ». Un ami a perdu un œil sous les matraques, une autre amie, Louam, est « décédée en juin de l’année dernière, fauchée par une voiture sur l’autoroute alors qu’effrayée, elle fuyait la police qui la chassait ».
Enfin, pour prendre la mesure de l’enfer calaisien, lisez les enquêtes du journal lillois indépendant La Brique, n°3 et 8 (www.labrique.net).



> [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]



Que vaut la vie d’Illiès ?
Le 30 septembre, on pouvait lire dans la presse quelques articles sur de « violents incidents » « entre jeunes et forces de l’ordre » dans le quartier de la Monnaie à Romans (Drôme). Il aura fallu les affrontements avec les forces de l’ordre, un commissariat pris à partie, pour apprendre la mort d’Illiès, un adolescent de 16 ans, tué dans une course-poursuite avec la BAC. Les quatre autres occupants, également mineurs, ont été blessés, dont un très grièvement. Le procureur a déjà son avis bien tranché, « il n’y a pas de présomption de responsabilité de la police ». Dans le quartier, les témoignages sont loin de la version officielle « les flics collaient les jeunes. Ils savaient très bien que c’étaient des mineurs et qu’ils ne savaient pas bien conduire » certains parlent « d’un coup de pare-choc qui aurait déséquilibré le véhicule volé ».
Que vaut la vie d’Illiès ou de Mohamed Berrichi, Vilhelm Covaci, Baba Traoré, Bouna et Zied... morts comme bien d’autres avant lui dans des conditions similaires ; la réalité du rapport à l’Etat et à la police dans les quartiers ,la gestion à force de répression d’une société d’exploitation, de ça la presse ne parle pas.

Enrayons la machine à expulser !
Dès le 23 juillet 2008, un mois après l’incendie du centre de rétention de Vincennes, Brice Hortefeux projetait d’ouvrir dès octobre, au même endroit, un 1er centre de 60 places. Ce 1er centre, dont le chantier est sévèrement gardé, va ouvrir dans les jours qui viennent, 2 autres de taille identique, doivent être reconstruits ultérieurement. Le rythme infernal des rafles qui s’était calmé après la destruction de la prison pour étrangers de Vincennes va donc reprendre... Face à un Etat qui planifie et banalise la chasse à l’étranger, partout où nous le pouvons, enrayons la machine à expulser !

Abou Bakari Tandia, du nouveau...
Mystérieusement une radio disparue depuis 3 ans réapparaît. Elle montre qu’il n’y a pas la moindre trace de blessure à la tête. Alors que les flics prétendaient qu’il était mort en se cognant la tête contre les murs de sa cellule ! En revanche ses poumons sont remplis de sang. C’est la version policière qui vient de s’écrouler. Un élément fondamental qui devrait relancer l’information judiciaire ouverte pour torture et actes de barbarie. Info : http://abtandia.free.fr/abou/dotclear/index.php.

Le fichage des « non chrétiens »
« Parmi votre personnel avez vous des agents de confession autre que chrétienne ? » « Certains d’entre eux ont-ils demandé des aménagements d’horaires ou de service pour pratiquer leur religion ? » voilà le contenu du mail envoyé par la police du Rhône au conseil régional Rhône-Alpes ; la question émanait de la sous-direction de l’information générale (Sdig), créé en remplacement des RG et de la DST. Les feintes protestations du ministre de l’intérieur n’y changeront rien : l’application des prescriptions controversées du fichier Edvige est déjà en cours. Même si théoriquement la demande des flics concerne aussi d’autres religions (juifs, bouddhistes...) tout le monde comprend très bien qu’il s’agit de stigmatiser davantage une catégorie de la population largement opprimée et donc jugée potentiellement dangereuse par le pouvoir : les musulmans réels ou supposés.

Pas de « bavure »...
Le 9 septembre, Villiers-sur-Marnes (94), aux abords de la cité des Hautes-Noues des passants assistent à une interpellation plus que musclée. À l’origine, un accident suite à un délit routier. « Ils l’ont gazé avec une bombe lacrymogène au niveau des yeux, puis frappé avec leur matraque ». Stupéfaits, les témoins reçoivent en prime un tir de Flash-Ball à bout portant. Depuis une marche de protestation a sillonné les rues de Villiers-sur-Marne le samedi 20 septembre pour dénoncer ces agissements et demander des comptes...
Pour la préfecture du Val-de-Marne « il n’y a aucune faute à reprocher aux policiers ». Du point de vue de l’Etat, les flics ont bien fait leur taf, une manière de dire, s’il fallait encore nous convaincre, que de tels agissements ne sont pas des accidents, mais la nature même de la fonction policière.

Rouillan, tais-toi ou c’est la perpète !
Prenant prétexte d’une banale interview à l’Express, le Parquet central, à la botte de la Chancellerie, a révoqué le régime de semi-liberté auquel Jean-Marc Rouillan était astreint depuis dix mois, et qui devait l’amener à une libération conditionnelle en fin d’année. Jean-Marc Rouillan déclarait à L’Express « Ma première réaction, c’est de penser qu’il s’attaque là au droit à la liberté de parole. Dans l’entretien que je vous ai accordé, je n’ai enfreint aucun des termes des quatre conditions qui régissent ma semi-liberté. [...] Si, après 20 ans de prison, on doit me coller une “perpét’” pour ce que j’ai affirmé dans cette interview, cela en dira long sur l’état de la liberté de parole en France. »
Info : http://nlpf.samizdat.net/

Police vs. Antifascisme
Depuis début septembre, la police est aux trousses de l’antifascisme radical parisien. Déjà 6 personnes interrogées, 4 placées en garde à vue et 2 perquisitions, le tout hors du cadre judiciaire. Tout se passe dans le secret policier (enquête « préliminaire »), sans même que soient assurés les droits de la défense liés à une procédure judiciaire : l’avocat n’a pas accès au dossier, et rien ne vient contrôler l’action policière. Voilà qui inaugure la réforme des renseignements version contre-espionnage, où le militantisme est assimilé au terrorisme ou au grand banditisme, et traité selon les procédures qui leur sont « normalement » réservées. Tout comme les projets de fichage généralisé, ces négations des libertés individuelles et civiques marquent le grand retour de la police politique visant à éradiquer l’autonomie des luttes. http://solidarite.samizdat.net/article229.html



> [ A G I R ]



Hakim Ajim avait 22 ans
Il est décédé, le vendredi 9 mai à Grasse. Suite à son interpellation pour avoir giflé son banquier, les policiers, perdant totalement le contrôle, l’étranglent jusqu’à l’asphyxie. Hakim meurt sous les yeux d’au moins 16 témoins. Pétition : http://www.mesopinions.com/Justice-pour-hakim-petition-petitions-9137a40146c26da442e5b9ec9d7b0b78.html

Report du procès des manifestants de Fresnes
Suite au rassemblement du 2 juillet devant la prison de Fresnes, 4 personnes passaient en procès le 3 septembre principalement pour « provocation à la destruction de bien public avec mise en danger d’autrui, par le biais d’écrit etc. » (en l’occurrence une banderole accrochée à un grillage mentionnant « Comme à Vincennes... Feu aux prisons »). Le procès est reporté au 14 octobre, 11e chambre du Tribunal correctionnel de Créteil à 13h30. À Fresnes comme ailleurs, solidarité !
Info : http://cettesemaine.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=1469

N’oublions pas Marina Petrella
Elle ne se nourrit plus depuis presque six mois. Elle est alimentée par une sonde nasogastrique. Le collectif de soutien demande que le pouvoir français adopte la clause humanitaire. Rassemblement de soutien hebdomadaire tous les jeudis, 18h à Beaubourg, Paris, M° Rambuteau.

Offense présidentielle
Pour avoir brandi une pancarte reprenant la phrase maintenant célèbre de Sarkozy : « Casse-toi pov’con » lors de la visite de celui-ci à Laval le 28 août, Hervé Eon est poursuivi pour offense au président de la République (passible de 45 000 euros d’amende). Pétition : http://www.prs53.org/, info : http://www.rue89.com/2008/09/04/casse-toi-povcon-au-tribunal-pour-outrage-au-president

Le sécuritaire ne nous fera pas taire !
Montpellier. Contre le fichage et les politiques sécuritaires. Manifestons toutes et tous le 16 octobre info : http://www.c-g-a.org/public/modules/news/article.php ?storyid=203

Freedom not fear
Action internationale pour le respect de la vie privée et la liberté d’expression (contre fichage général, biométrie, ADN, RFID...) Manifestation République - La Villette, Samedi 11 octobre à 14h00, Contact : http://www.humanrights21.org/ ?page_id=21

{Consulter} l'article avec son forum.


Rubrique : {Année 2008}

RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 67 / septembre 2008

Les mamelles de l’impérialisme français

Le mercredi 10 septembre 2008


-  Les mamelles de l’impérialisme français
-  Loi du silence sur les CRA : ne laissons pas faire !
-  Ça continue
-  Nouvelles démonstrations du cynisme d’Etat
-  Pass Navigo : un million de « récalcitrants »
-  Non à l’extradition de Marina Petrella !

-  [ I N T E R N A T I O N A L ]
Bientôt : Police Academy dans le ghetto
Ma 6-T a Craké à Montréal-Nord !
Sidi Ifni (sud-ouest du Maroc)
Gafsa (Tunisie)
Gênes (Italie)

-  [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]
Banalité ?
Une Assistante Sociale fait le cafard
Refus d’ADN à Marseille
Chronique d’une brutalité policière
EDVIGE et CRISTINA
Mordu à la gorge par un chien policier
Les flics forcent la porte de la voisine

-  [ A G I R ]
Délit de solidarité




Les mamelles de l’impérialisme français

La France est engagée dans « un combat essentiel contre la barbarie, l’obscurantisme et le terrorisme », elle a « en charge avec les autres grands pays du monde la responsabilité de la paix dans le monde ». Non, ça ne date pas de l’empire colonial français. C’est Sarkozy à Kaboul le 21 août justifiant l’engagement militaire français en Afghanistan, mais aussi les interventions militaires et politico-économiques en Afrique et ailleurs. Parce qu’il faut utiliser un gros mot : c’est l’impérialisme français. Sous couvert de la défense des droits de l’homme, il s’agit pour l’État d’opprimer, soumettre, exploiter des pays, des peuples. Pour les USA, la Russie, la Chine, pareil. En ex-Yougoslavie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, le sang coule.
Mais Sarkozy ajoute encore : « la défaite à l’autre bout du monde se paiera d’une défaite sur le territoire de la République ». Kezako ? Pour nous aussi un lien existe entre cet impérialisme à l’extérieur et la politique sécuritaire à l’intérieur. Pour assurer sa place entre autres nations, le pouvoir a besoin d’un arrière-pays calme. Fichage, lois répressives, prisons bourrées, campagne contre la « mouvance anarcho-autonome » et la fraîche « nébuleuse libertaire », déportation des sans-papiers... Sans oublier que les guerres là-bas permettent un certain maintien des conditions de vie ici, où nous profitons des miettes du profit. Ne chialons pas sur le sort des soldats professionnels en Afghanistan, ne jouons pas aux pacifistes niais. Ce sont les liens entre ici et là-bas qu’il faut éclairer.

Loi du silence sur les CRA : ne laissons pas faire !
Ce gouvernement veut nous imposer le silence en criminalisant systématiquement toutes les formes de solidarités aux justes révoltes. Oui, le CRA de Vincennes a été réduit en cendres, oui les retenus par leur révolte, réprimée dans une violence inouïe, ont dénoncé cette politique du chiffre qui tue. Alors oui nous sommes solidaires avec les retenus qui brûlent leurs prisons. Les 5 retenus du CRA de Vincennes ont été mis en examen et sont incarcérés, suspectés de mise à feu. La Cimade, seule assoc à être jusque-là admise dans les CRA, est priée de se calmer ou de dégager : après son rapport de 2007 sur les CRA, ses 4 plaintes auprès de L’IGS en février pour des retenus hospitalisés suite à des violences policières, plus une vingtaine d’autres déposées au parquet, il fallait, pour le gouvernement, pouvoir contrôler davantage sa capacité critique. Autre fait cet été : une plainte a été déposée par Hortefeux et Dati contre SOS sans papiers (pétition de soutien à signer sur http://comitesoutien.sospap.free.fr/) qui milite, avec d’autres militants et collectifs, pour la fermeture des CRA. Cette assoc, qualifiée par les ministres de « groupuscule d’extrême gauche », a été accusée d’avoir appelé à « brûler » les centres. Mais tenter de réduire au silence les révoltes des retenus des CRA a échoué et continuera d’échouer. D’ailleurs la preuve en était faite au mois d’août avec les incendies du CRA de Mesnil Amelot. Les 5 retenus incarcérés, tout comme les militants luttant contre toutes les formes d’enfermement eux aussi incarcérés ne serviront pas de boucs émissaires aux mains de cet État d’exception qui fiche et enferme. Mobilisons nous pour la création de comités de soutien, larges et solidaires.

Ça continue
C’est au tour de Damien d’être enfermé préventivement sous instruction anti-terroriste à Villepinte depuis le 14 août. Sous contrôle judiciaire depuis janvier, il a été accusé comme Isa et Juan d’avoir tenté de brûler une voiture de flics en mai 2007. Le 2 septembre à 9h, des taulard-e-s de Rouen (où est Isa) ont pu voir une banderole « Feu aux prisons » flotter dans les airs et entendre pétards et feux d’artifice. À 21h30, un autre feu d’artifice éclate à Villepinte. Le lendemain, on voit une banderole « Liberté pour les prisonniers » près de la maison d’arrêt de Villepinte, et sur l’A1 en direction du camp de rétention de Roissy : « Au Mesnil-Amelot comme ailleurs, à bas les prisons ». Rappelons que suite au rassemblement du 2 juillet devant la prison de Fresnes (où est Juan), 4 personnes passaient en procès le 3 septembre (reporté au 14 octobre, 13h30, 11e chambre du tribunal de Créteil).

Nouvelles démonstrations du cynisme d’Etat
En Juillet, une première : deux enfants (de 5 et 7 ans) ont été mis en rétention avec leurs parents au CRA d’Hendaye. Réaménagé à cet effet voilà quelques mois, on a simplement attendu la fin de l’année scolaire rendant bien plus difficile une mobilisation autour de ces enfants qui bénéficiaient pourtant de nombreux soutiens à Pau.
Début août, la police a interpellé quatre travailleurs sans papiers sur un chantier, deux d’entre eux ont été enfermés au CRA du Mesnil Amelot, leurs employeurs n’ont pas été inquiétés. Jusque-là rien de plus tristement habituel. Mais on apprend ensuite que ce chantier est celui de l’extension de ce CRA : l’employeur de ces hommes est ce même État qui ensuite les enferme et les expulse ! Employés à construire leur propre prison ! Qui ose encore prétendre que la réponse de ces hommes et femmes à tant de cynisme devrait être mesurée ?

Pass Navigo : un million de « récalcitrants »
Cela fait un moment que la Ratp et la Sncf ont décidé d’en finir avec la carte orange et d’imposer aux franciliens le pass navigo, sorte de carte d’identité bis qui au moyen d’une puce RFID enregistre tous nos déplacements. Mais un tiers des usagers entendent rester fidèle à leur carte vieille de trente ans ; pourtant les annonces et les leçons de morale des agents sont continuelles. On réduit de façon drastique les guichets qui vendent des cartes oranges qu’on ne peut acheter que par chèque. Certaines institutions (Éducation nationale, ANPE...) ne veulent plus prendre en charge le remboursement de ce titre de transport... On ne saurait alors plus prêter le refus de ce million de « récalcitrants » (selon la SNCF) à la seule force de l’habitude : à ce degré-là il s’agit d’une vraie résistance, alors tenons bon !

Non à l’extradition de Marina Petrella !
Marina est toujours hospitalisée dans un état grave que les médecins qualifient de « crise suicidaire majeure ». Abrogation du décret d’extradition et l’application de la clause humanitaire. Rassemblement hebdomadaire tous les jeudi à 18h30 devant Beaubourg à Paris. Infos, pétition à signer : http://www.paroledonnee.info/




> [ I N T E R N A T I O N A L ]


Bientôt : Police Academy dans le ghetto
Susceptible d’accueillir 6 000 flics en formation, l’école de police fait près de 500 mètres de long. Un projet de 2 Mds de dollars dans le Queens. Avec l’ancien maire de New York, Rudolf Giuliani, les effectifs policiers ont presque quadruplé et c’est au nouveau, le milliardaire Bloomberg, qui veut « améliorer la qualité du service à la communauté », que revient le boulot de formation. À l’intérieur pourront s’aligner au même moment près de 100 flics pour s’entraîner au tir. Parmi tous les équipements, le « tactical village », où seront reproduits trois blocks de New York et une station de métro. Les flics s’y exerceront à appréhender et zigouiller les malfrats et terroristes à l’aide de paintballs. Un ver de plus dans la grosse pomme.

Ma 6-T a Craké à Montréal-Nord !
Le soir du samedi 9 août, l’agent Jean-Loup Lapointe du Poste 39 et sa partenaire débarquent dans un parc où des jeunes jouent aux dés. Les flics tentent une arrestation aussi brutale qu’illégale sur un jeune et dans la mêlée qui s’ensuit, Lapointe dégaine et tire 4 balles. Le jeune Fredy Villanueva, 18 ans, frère de celui qui était menotté, atteint de 3 balles meurt à l’hôpital. Deux autres jeunes sont aussi blessés par balles. Le lendemain soir, après une manif spontannée et pacifique une émeute éclate. Des feux de poubelles sont allumés dans la rue, les pompiers sont pris pour cible, de même que les flics, un ambulancier et des journalistes. Des voitures de pompiers sont brûlées et la caserne vandalisée. Des commerces sont pillés. Une policière est atteinte par un coup de feu. 500 flics sont mobilisés et 7h plus tard ils reprennent le contrôle de la cité... Jusqu’à la prochaine explosion sociale !
Infos : http://cobp-mtl.ath.cx - cobp@hotmail.com - http://www.cmaq.net/node/30723 - http://www.cmaq.net/node/30802

Sidi Ifni (sud-ouest du Maroc)
Intervention policière sauvage du 7 juin suite à une manifestation de jeunes chômeurs. 110 personnes arrêtées, plusieurs dizaines de blessés, entre 4 et 8 personnes auraient été tuées. Depuis les manifestations continuent, notamment pour exiger la libération des arrêtés et la vérité sur la répression. Infos : http://www.france.attac.org/spip.php ?article8719

Gafsa (Tunisie)
La justice tunisienne inflige le 14 août une lourde peine d’emprisonnement à Zakia Dhifaoui et à ses coinculpés, criminalisant ainsi toute solidarité avec le mouvement social (manifestations, grèves, occupations...) qui dure depuis janvier 2008 dans le bassin minier de Gafsa. Solidarité ! Contact : www.crldht.org

Gênes (Italie)
Sept ans après les violences commises dans la caserne Bolzenato lors du sommet G8, quarante-cinq carabiniers, membres de l’administration pénitentiaire et médecins étaient accusés de sévices et traitements vexatoires... Seuls quinze parmi eux ont été condamnés. Trente ont été acquittés !




> [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]



Pas de guerre propre
L’association militante CAPJPO-EuroPalestine est poursuivie en justice depuis le 29 août par l’Association de Défense des Droits des Militaires (ADEFDROMIL) pour avoir parlé de « sale métier » à propos de la soldatesque professionnelle française en Afghanistan. Et le député UMP Damien Meslot a demandé sa dissolution, tout simplement. Le 6 septembre à Paris 300 personnes ont manifesté contre cette guerre.

Banalité ?
Dans la nuit du 1er au 2 août à Vernon (Eure), lors d’un contrôle par deux flics de la BAC, David Sémy est atteint au côté droit du crâne par une électrode d’un Taser. Il s’enfuit jusqu’aux urgences, puis est transféré au CHU de Rouen pour une intervention chirurgicale. Le parquet d’Evreux a ouvert une enquête...

Une Assistante Sociale fait le cafard
Elle a dénoncé à la Police Kantu, un jeune Sénégalais sans papier. Des gens ordinaires voient donc la délation en « citoyenneté », et le racisme en « valeurs culturelles ». On apprend également que cette AS est syndicaliste. Si l’on fait rien la pourriture s’installe dans la tête des gens qui devraient être de notre côté de la barricade.

Refus d’ADN à Marseille
Le lundi 25 août procès suite d’une expulsion d’un squat (avec GIPN et Cie). Refus du prélèvement ADN parce que refus du déterminisme génétique et refus d’une société de contrôle où chaque individu est tracé comme une marchandise, un numéro, un code barre. Jugement : 300 euros de jours amendes, soit 30 jours à 10 euros, avec 20 % de réduc si l’amende est payée dans le mois.

Chronique d’une brutalité policière
Ou brutalité policière chronique. À Lyon, depuis le nouvel Hôtel de Police, les contrôles d’identité intempestifs sont en recrudescence dans le 3ème arrondissement. Le 26 juillet dans le parc à proximité, une patrouille de police interpelle violemment deux jeunes qui ont eu le malheur d’ouvrir une bouteille de bière. En garde-à-vue, le médecin diagnostique de nombreux traumatismes, hématomes, lèvre inférieure déchirée, os du nez déplacé ou cassé... La suite est aussi tristement déjà vue : accusé d’« outrage, rébellion, violences et menaces de mort » en comparution immédiate, Saïd et Abdelatif seront condamnés à la peine plancher, 1 an de prison avec 9 mois de sursis sans mandat de dépôt... Avec cette affaire, les 5 flics ont gagné 200 euros chacun, plus le remboursement de leurs frais d’avocat. Lire : http://rebellyon.info/article5425.html

EDVIGE et CRISTINA
Derrière ces sigles se cache un fichage toujours accru des populations. ARDOISE, STIC, JUDEX, FNAEG... les flics ont leurs fiches... EDVIGE, CRISTINA... la police politique aussi. Bien sûr rien de neuf là-dedans, mais avec la création des SDIG - Sous-Direction à l’Information Générale - et DCRI - Direction Centrale du renseignement Intérieur - issus de la restructuration des anciens RG et DST l’État en profite pour renforcer son contrôle. Les fichiers changent de nom et élargissent leurs champs d’actions. Nous parlions dans le dernier numéro d’EDVIGE, fichier informatisé commençant dès l’âge de 13 ans. Voilà maintenant CRISTINA le nouvel outil de la DCRI classé « secret-défense », parions-le truffé de données issues des écoutes téléphoniques et Internet de ceux qui auront l’heur de déplaire à notre « FBI à la française ».
Pétition pour l’abandon du fichier EDVIGE : http://nonaedvige.ras.eu.org/petitions/index.php ?petition=2&pour_voir=oui

Mordu à la gorge par un chien policier
Le 5 août vers 5h30 dans le quartier Plumerau à Tours, trois potes sortent de discothèque. Lorsque passe une patrouille de police, deux des acolytes se mettent à courir sans trop savoir pourquoi. Rattrapés, plaqués au sol et menottés... durant l’interpellation un chien policier mord au coup un des jeunes, à quelques millimètres d’un vaisseau vital. Après un passage au CHU pour recoudre les plaies, le jeune homme finira en garde-à-vue... n’ayant aucune charge à retenir contre lui, il sera libéré en fin d’après-midi.

Les flics forcent la porte de la voisine
Le 14 août à Croix près de Lille, les policiers décidés à interpeller les présumés voleurs d’un supermarché se trompent de porte. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, en entrant chez la voisine les policiers tombent sur son chien, prompts à défourailler ils buttent l’animal et blesse au passage la propriétaire...




> [ A G I R ]


Délit de solidarité
4 passagers du vol Air Maroc où se trouvaient des sans-papiers expulsés du foyer Terre aux curé passent en procès le 26 septembre à partir de 13h à la 16ème chambre du TGI de Bobigny Paris 13ème. Ils ont été désignés par la police comme responsables de l’opposition qui a empêché le départ de l’avion. Soyons-y nombreux ! Soutien financier : MRAP 5ème-13ème, Boite postale 243 75 227 Paris cedex 05 en précisant au dos du chèque solidarité avec les passagers. N° de compte : PA 9 286 85 W. Concert de soutien, débat le 21 septembre à partir de 17h au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11e.




{Consulter} l'article avec son forum.


Rubrique : {Infos / mobilisations}

Techniques d’interrogatoires

Le lundi 8 septembre 2008

Trouvé sur Internet

Une série d’auditions et une arrestation (voir http://paris.indymedia.org/article.php3 ?id_article=100354) ont eu lieu ces dernières semaines dans le cadre de l’enquête sur ce que les juges, flics et journalistes appellent « la mouvance anarcho-autonome francilienne ». Il semble important de décrire quelques-unes des tactiques d’interrogatoire employées par les flics pour obtenir ce qu’ils ont envie d’entendre. Ces auditions en appellent d’autres, sans doute rapidement car juges et flics semblent être dans une phase active des investigations. Toutes ces auditions ont aussi permis de confirmer la manœuvre politique sous-jacente à cette instruction visant à qualifier de terroriste tout un ensemble de pratiques et de points de vue critiques. Rappelons que cinq personnes sont mises en examen dans cette affaire (Ivan, Bruno, Damien et les deux de Vierzon), qu’Ivan, Bruno et la fille arrêtée à Vierzon sont incarcérées et que les deux autres sont sous contrôle judiciaire, le garçon arrêté à Vierzon venant d’être libéré après quatre mois de préventive.

Pour l’instant les auditions n’ont concerné que les personnes mises en examen, leurs familles ainsi que des proches qui ont fait des demandes de parloir. Dans ce dernier cas, se rendre à l’audition était une condition indispensable (mais parfois insuffisante) à l’obtention du permis de visite. Rappelons que l’on peut ne pas se rendre à un interrogatoire lorsqu’on est convoqué en tant que témoin (surtout lorsque la convocation est notifiée par un simple courrier ou par téléphone, comme ce fut le cas ici), que ça peut être un délit mais que ce n’est pas systématique car c’est compliqué pour eux de poursuivre tout un ensemble de témoins qui ne se présentent pas. Il y a un intérêt collectif évident à ne pas se rendre à ces auditions dont les résultats ne sont utilisés qu’à charge dans ces affaires.

Les auditions des proches et des membres des familles ont eu lieu à la brigade criminelle, Quai des Orfèvres à Paris. Pour l’instant seuls les mis en examens ont été auditionnés chez la juge antiterroriste en charge de cette affaire, Marie-Antoinette (ça s’invente pas !) Houyvet, qui est assistée d’un autre juge, Edmond Brunaud. A la brigade criminelle c’est le « groupe Menara » qui s’occupe de l’affaire, du nom de leur chef, un flic qui se présente d’abord sympa et respectueux de la procédure, puis qui joue souvent le rôle du méchant dans les interrogatoires tout en finissant ses gueulantes pour mettre la pression d’une petite remarque en s’inventant une proximité avec les interrogés (par exemple : « Moi aussi j’ai des enfants » aux parents, ou « Moi aussi je viens de tel endroit »). Bref du classique de flic.

L’idée de ce texte est donc aussi de décrire des techniques souvent employées dans les interrogatoires car mieux préparés, il est plus facile de les voir venir et de ne pas se faire avoir. Ca concerne aussi bien les mis en cause dans les affaires que leurs proches (familles, potes qui demandent des parloirs...). Avec les familles, au-delà d’en apprendre éventuellement sur les faits, les flics tentent de retracer un parcours de vie pour construire un profil à des fins judiciaires qui pourrait expliquer « comment il ou elle a pu en arriver là, c’est-à-dire devenir terroriste ». De là tout un ensemble de questions pour déceler des manifestations précoces de cette prédestination au terrorisme : « Comment était-il (ou elle) à l’école, au collège, au lycée ? », « Avait-il (ou elle) des amis ou était-il ou elle asocial ? », « se battait-il (ou elle) souvent ? », « quelle est son orientation sexuelle ? ». De plus, de nombreuses questions semblent anodines mais peuvent souvent être utilisées à charge dans un sens ou dans l’autre ; un « bon élève » te place rapidement dans la catégorie des idéologues manipulateurs, un « mauvais élève » dans celle des asociaux précoces et des rétifs à toute autorité, alors choisis ton camp camarade ! Ca peut sembler caricatural mais plusieurs indices laissent entendre de telles interprétations, surtout, comme c’est le cas dans cette affaire, quand le dossier ne repose sur aucun fait (même si ces « parcours de vie » sont très fréquents dans les affaires criminelles de toutes sortes). Les flics utilisent également une tactique consistant à endormir un peu l’interrogé au milieu de questions un peu bidons avant de rebondir subitement sur des trucs plus intéressant pour eux : « A-t-il (ou elle) fait des voyages ? », « quels sports pratiquait-il (ou elle) ? » puis de demander « Mais avec qui faisait-il (ou elle) tout ça ? Vous venez de dire qu’il avait des amis, vous vous souvenez bien de certains noms ? ». En ayant répondu aux précédentes questions, il est plus difficile (mais pas impossible évidemment) d’esquiver les suivantes. On peut citer également la tactique des « questions guidées » où tu comprends déjà très bien vers où le flic veut te mener dans la manière de poser la question : "Qu’est-ce que tu penses du squatt de la rue X ou Y ?", le flic présuppose déjà que tu connais tel ou tel lieu et n’importe quel type de réponse viendra au moins confirmer cette hypothèse. Ils peuvent aussi répéter plusieurs fois la même question ou insister lourdement sur un point précis.

La base dans les interrogatoires, utilisée presque systématiquement, c’est la tactique du flic gentil et du flic méchant. Le premier est celui qui parle le plus, met en confiance, pose ses questions gentiment, est serviable et se montre compréhensif (« Je comprends que ce soit dur pour vous », « Vous savez, de vous à moi, je n’aime pas interroger les familles » ou « Moi aussi je trouve que cette affaire prend des proportions délirantes »). Et puis il y a le flic méchant, celui qu’on n’avait pas trop remarqué depuis le début, qui ne parlait pas, qui n’est pas tout le temps dans la pièce, qui fait des aller-retours, puis qui surgit à un moment clé (moment de doute, d’hésitation avant une réponse) en se mettant très proche de l’interrogé, en gueulant et en lui mettant un gros coup de pression : « Je crois que vous n’avez pas compris ou vous êtes ! », « Vous n’avez pas l’air de vous rendre compte de la gravité des faits ! », « Vous (ou votre enfant selon les cas) allez passer une bonne partie de votre (sa) vie au trou ! ». Dans cette affaire au Quai des Orfèvres c’est souvent le même Menara qui se charge de cette performance théâtrale. En sachant qu’elle se produit presque à chaque fois, cette technique d’intimidation tombe vite à l’eau et Menara devient un personnage comique plutôt ridicule à vociférer tout seul. Evidemment il n’y a rien de systématique, parfois les flics sont tous sur le registre « gentils » ou tous « méchants », souvent aussi ils changent de registre au fil de l’interrogatoire, encore plus si c’est une garde-à-vue, au gré des réactions de l’interrogé et de ce qui leur donne le plus de résultats.

Les autres tactiques sont également assez classiques. Plusieurs personnes peuvent être convoquées en même temps et auditionnées séparément et simultanément. Des flics font des allers-retours entre les deux pièces et traquent les contradictions entre les déclarations. Outre l’intimidation, les flics insistent sur la proximité notamment avec les parents en instaurant des rapports du type : « Vous savez, pour votre enfant ce n’est pas trop tard, il (ou elle) peut s’en sortir, mais il (ou elle) est mal entouré... Pour le sortir de là, parlez-moi de ses fréquentations. ». Les flics essaient aussi le registre de la culpabilisation des mauvais parents « Vous ne savez pas où il (ou elle) habite ? Mais vous ne vous intéressez plus à lui (ou elle) ! ». Il leur arrive aussi de laisser l’auditionné seul dans le bureau, ou avec des personnes qui semblent s’affairer à autre chose, ceci dans le but de voir son comportement. Les interrogatoires sont aussi des tests de personnalité, le flic sur le côté qui n’a pas parlé de tout l’interrogatoire ne vous a peut-être pas lâché du regard en guettant vos expressions ou les manifestations de votre visage. Dans un commissariat, dans le bureau d’un juge ou d’un flic, on est toujours en territoire ennemi, ne l’oublions pas. Evidemment la meilleure des tactiques consiste à tout faire pour éviter ces moments et à ne rien déclarer mais on n’a pas toujours le choix... Le cas de la garde-à-vue est plus spécifique, dans l’immense majorité des cas il vaut mieux ne rien déclarer en garde-à-vue, encore plus lorsqu’elle a lieu dans le cadre d’une instruction en cours. Il existe tellement de cas où les gens se sont enfoncés ou en ont enfoncé d’autres en croyant bien faire en déclarant des choses en garde-à-vue. Tout ce qui vient d’être dit dans ce texte s’applique évidemment à la garde-à-vue et il faut rajouter quelques éléments plus spécifiques. Premièrement, t’as pas accès au dossier en garde-à-vue, tu n’y as accès qu’au moment où tu es déféré au parquet, c’est-à-dire quand t’es conduit au tribunal, que ce soit en vue d’une comparution immédiate ou d’une mise en examen. Cet élément est primordial, surtout si le motif de la garde-à-vue est sérieux et si elle se déroule dans le cadre d’une affaire déjà instruite, comme c’est le cas ici. Il vaut mieux garder d’éventuelles déclarations pour le juge d’instruction, à la fin de la garde-à-vue et après avoir vu le dossier avec ton avocat.

Pendant une garde-à-vue (48 heures maximum en régime normal, 144 heures en régime antiterroriste ou criminalité organisée avec dans ces deux derniers cas pas d’avocat avant 72 heures, avocat qui de toute façon n’a pas accès à ce moment au dossier), les flics rajoutent quelques registres outre tous ceux qu’on vient d’évoquer. Ils utilisent souvent la tactique du « de toutes façons, on sait déjà tout », qui te pousse à confirmer certaines accusations minimales en te disant qu’ils le savent déjà et qu’ainsi tu crédibilises ta position vis-à-vis de la justice, un « je vous ai tout dit » qui laisse l’impression de sauver l’essentiel en te disant « ce que je leur ai dit, ils le savaient déjà ». Il existe plein de cas où c’est faux, où ils jouent de leur impression de toute-puissance pour te faire confirmer des choses qu’ils ignorent. Ca vaut même pour des questions de base du type « Avez-vous eu déjà affaire à la police et à la justice ? Ca sert à rien de nous le cacher on le retrouvera ! », ce qui est parfois faux car ils ne retrouvent pas toujours tout dans leurs fichiers, ou ils le retrouvent de manière erronée ou incomplète. S’il ne faut pas tomber dans le piège de la toute-puissance policière, il faut aussi se garder de l’inverse, c’est-à-dire du « Ils sont à la masse, je vais les baratiner, je maîtrise parfaitement mon discours ». En garde-à-vue tu ne sais jamais ce qu’ils savent et ce qu’ils ignorent et même s’ils sont souvent à la masse, ils sont quand même bien formés et rôdés aux interrogatoires et risquent bien plus de te piéger si tu te lances dans des déclarations de toutes façons hasardeuses et très risquées pour toi et pour les autres mis en cause.

Ils jouent sur la fatigue, la lassitude, l’angoisse des heures passées enfermées en cellule à attendre son sort. Six jours seuls dans un trou c’est long, ça donne parfois la mauvaise idée de tenter des choses pour espérer en sortir. Les flics se servent évidemment de toutes ces heures, c’est même le principe de la garde-à-vue. Ils insistent beaucoup sur le fait qu’il est dans ton intérêt de parler, que tu as l’opportunité de te justifier : « Moi je veux bien te croire que t’as rien à voir avec ça, mais il faut que tu t’en expliques, sinon le juge il va te mettre au trou direct et là t’en prends pour des années ! », « Je ne te comprends pas, tu as l’occasion de t’expliquer, pourquoi tu saisis pas cette occasion ? Je crois que t’as pas compris le fonctionnement de la justice, en déclarant rien t’enfonces ton cas c’est clair, vraiment je te comprends pas... ». Une des techniques les plus perverses qu’ils emploient consiste à organiser un chantage entre les gens si plusieurs personnes sont arrêtées en même temps, « Ah tu veux pas parler ?

Et bien à cause de toi on vous garde tous, toi et tes potes, alors qu’eux ont bien voulu coopérer, et bien à cause de toi vous allez tous en reprendre pour 24 heures de plus, je vais leur dire, ils vont être contents de toi ! ». Evidemment à ce moment là, tout seul en cellule, tu sais pas comment ça se passe pour les autres, tout ce que les flics disent est souvent faux mais malheureusement cette technique est dure à supporter quand on n’y est pas préparé et les tentations de déclarer quelques trucs en espérant améliorer la situation de tout le monde sont fortes mais complètement illusoires. D’une manière générale, ils tentent souvent de te faire croire que vous avez des intérêts communs, que vous pouvez coopérer pour aller dans le même sens, en oubliant pas de rajouter fréquemment « En tout cas c’est sûr et certain que si tu dis rien tu vas en taule pour des années avec ces chefs d’inculpation ! ».

Les flics pratiquent souvent la falsification des preuves ou des déclarations, surtout si plusieurs personnes sont arrêtées en même temps, pour mettre la pression ou instiller le doute dans l’esprit des personnes arrêtées : « Ah toi tu parles pas ? Tu vas prendre cher, surtout que ton pote s’est mis à table, tu veux voir ces déclarations ? En plus il parle de toi ! ». Il arrive aussi qu’ils fassent croire qu’ils ont un élément évident te confondant, « Tu vois cette cassette vidéo ? Et bien dessus il y a un enregistrement où je viens de te voir dans une situation bien compromettante, va falloir que tu t’expliques ! », alors que c’était complètement bidon et que la cassette ne contenait rien du tout. Il existe aussi quelques variantes propres à chaque situation, du type « Cette garde-à-vue et cette possibilité de t’exprimer c’est l’occasion pour toi de parler de tes convictions politiques, considère que c’est une tribune ! » ou « Toi et tes potes vous êtes ridicules, les grands caïds ils ne se comportent pas du tout comme vous, avec eux au moins on peut discuter, vous, vous me faites pitié, des vrais gamins avec vos cachotteries et votre refus de coopérer... ».

Signalons que toutes ces situations viennent d’expériences réelles, très récentes pour la plupart. Il peut sembler plus qu’évident de rappeler toutes ces techniques de flics bien anciennes mais il est tout aussi évident de rappeler que la grande majorité des condamnations pénales est encore basée sur les déclarations, donc sur les interrogatoires, que ce soient les aveux, les contradictions, les témoignages, les balances... L’autre point important concerne le raisonnement politique et judiciaire qui sous-tend toute cette histoire. Ainsi cinq personnes sont mises en examen pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « l’entreprise terroriste en l’espèce, c’est la mouvance anarcho-autonome francilienne ». Cette mouvance (terme très peu précis qui permet donc une interprétation très ouverte) se définit selon eux comme un regroupement informel d’un noyau de 50 à 100 personnes entourées de quelques centaines de sympathisants en Ile-de-France, qui se retrouve derrière le mot d’ordre « La haine de l’État bourgeois, de l’économie capitaliste et de ses appareils » et qui se manifeste principalement dans la lutte anti-carcérale et contre les centres de rétention. Les cinq mis en examen le sont donc sous le régime antiterroriste pour leur proximité supposée avec cette mouvance, donc avec ce mot d’ordre ou pour leur participation à des moments de lutte contre les prisons ou les centres de rétention. Ce raisonnement permet donc que toute déclaration, tout tract ou brochure critique de l’État, du capitalisme ou de l’enfermement soit associé à cette mouvance et fait donc de son détenteur un terroriste potentiel.

Il faut bien distinguer l’objectif de cette manœuvre, elle ne va évidemment pas déboucher sur l’enfermement des millions de personnes qui critiquent l’Etat, le capitalisme ou les centres de rétention mais elle offre aux autorités un cadre judiciaire extrêmement large qui lui laisse les mains complètement libres pour réprimer et enfermer toute une partie de la contestation qui les dérange. Cela influe déjà sur les cinq mis en examen, « On a trouvé chez vous des tracts et des brochures critiques de la prison, ceci prouve donc votre appartenance à la mouvance anarcho-autonome et ceci, en tant que mouvance déclarée terroriste, justifie votre mise en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». Le procès d’intention et d’opinion joue à fond, ajoutons à ça les récentes déclarations (suivies d’actes) des flics sur leur volonté de prendre l’ADN de tout ce qui ressemble de près ou de loin pour eux à un « gauchiste » et on voit bien les réels objectifs de cette construction d’un nouvel ennemi de l’intérieur : isoler une partie des révoltés et ficher toujours plus de monde. Pour éviter les malentendus, précisons que ces manœuvres (incarcération, fichage ADN) ne sont pas nouvelles ni propres à un milieu particulier, il y a déjà 700 000 personnes au Fichier des empreintes génétiques, et par exemple les récentes révoltes dans les quartiers ont eu pour conséquences des descentes de centaines de flics dans des cités et des incarcérations « préventives » par dizaines. Nous assistons simplement à une extension et à une intensification de ces logiques, à la création de différentes catégories d’« ennemis de l’intérieur » par l’Etat qui répond à l’accroissement des tensions sociales sur tout le territoire.

On lâchera rien, tout continue

Solidarité avec les prisonniers, avec les révoltés

{Consulter} l'article avec son forum.



Resistons_Ensemble, à propos de la page /oo/ ...

Édition en mode texte de
{Resistons_Ensemble}

Cette page vise à améliorer le confort de lecture des internautes qui ne disposent que d'un terminal en mode texte (VT, tablette braille, synthétiseur vocal...) ou d'une connexion à très bas débit.

Vous trouverez en permanence sur http://resistons.lautre.net/oo/ le texte intégral des trois derniers articles publiés, ainsi que les cinq dernières brèves.

Les liens de cette page qui figurent entre {accolades} renvoient vers des pages du site principal, utilisant une maquette graphique et non pas uniquement texte.

Rechercher sur ce site :

{Site réalisé avec le logiciel SPIP} {Resistons_Ensemble} {PLAN DU SITE}