Le néofascisme si loin, si près

bulletin numéro 226 – du 20 février 2026


20 février 2026


Le néofascisme si loin, si près

bulletin numéro 226 – du 20 février 2026


Le néofascisme si loin, si près

Faut-il être surpris par la rapidité avec laquelle les États-Unis sont tombés dans un chaos fascisant apparemment sans limite ? Toutes les vieilles institutions, dites « démocratiques », c’est-à-dire la justice, les chambres des représentants, les agences fédérales pour la santé et l’environnement sont hors service. Des bandes armées « officielles », notamment l’ICE, dont les effectifs ont doublé et les membres sont majoritairement des suprémacistes blancs patentés, circulent cagoulées, enlèvent, expulsent et torturent.
Les deux exécutions publiques à Minneapolis ont déclenché une vague de protestations et de résistances qui ont balayé tout le pays dépassant celles suscitées par l’assassinat de Georges Floyd.
Cette fois-ci, les milices de Trump s’en sont prises à deux personnes blanches qui s’opposaient aux rafles, il ne s’agit plus des habituelles victimes du racisme d’Etat, pauvres, afro ou latino-américaines, ni non plus des militants radicaux… La violence létale de l’Etat n’est plus réservée a une minorité, l’ennemi intérieur, le terroriste, c’est désormais tous ceux qui s’opposent à lui.
Des millions de personnes l’ont réalisé.
On aurait tort de considérer que l’on peut imputer cette orientation uniquement à la folie de Trump.
L’enlèvement de Maduro, la destruction de toutes les institutions internationales, ONU comprise, le soutien sans scrupule aux massacres à Gaza et en Cisjordanie montrent que l ’impérialisme dominant s’est engagé à défaire l’ancien ordre mondial basé sur les accords de Yalta de 1945. Des alliances que l’on croyait indéfectibles comme l’Union Européenne, ne sont pas épargnées.
Tous les pays impérialistes, tels des hyènes, luttent pour s’approprier le plus grand morceau de profit.
Les dirigeants français font mine d’être offusqués par les fracas de Trump alors que chez nous les défenseurs des Palestiniens sont persécutés, qualifiés d’« islamogauchistes antisémites ». El Hacen Diarra est mort entre les mains de la police pour être descendu fumer une cigarette et boire un café devant son foyer avec pour seul tort d’être un travailleur pauvre et noir de peau.
Des révoltes des quartiers populaires en passant par les gilets jaune et plus récemment les luttes écologistes comme à Sainte Soline, le spectre de la répression sanglante s’élargit chez nous aussi. Avec l’aide de l’Etat de droit et de son empilement de lois sécuritaires racistes et liberticides, le RN prépare son tour pour le néofascisme a la française.
Alors plutôt que de tomber dans le grenouillage électoral, suivons nos frères des Etats-Unis : armons nous de sifflets pour nous opposer aux rafles présentes et à venir et préparons la grève générale.




> [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]

L’inversion du réel : quand l’antifascisme devient le fascisme
C’est ce que veulent faire croire l’ensemble des États européens, autoritaires comme « libéraux », qui réhabilitent, sous couvert de liberté d’expression, les discours de l’extrême et de l’ultra droite alors qu’ils disqualifient les mouvements antifascistes en les présentant comme le « plus grand danger pour la démocratie » (comme l’a soutenu le président du parti libéral belge « Mouvement Réformateur » qui participe à la coalition au pouvoir) voire les classent comme « organisations terroristes » (Hongrie d’Orban où encore Pays-Bas où les députés de droite et d’extrême droite ont réussi à faire légalement interdire les organisations anti-fascistes). Là encore l’Europe s’inscrit dans le sillage de l’Amérique trumpiste. En France, une affaire emblématique : le traitement des activistes ayant participé au rassemblement contre le « Day of Honour » à Budapest en 2023 (voir RE 222 et 225), Zaïd et Gino, qui risquent d’être extradés vers l’Allemagne, là où Maja T., militante non-binaire de 25 ans a déjà été renvoyée par hélicoptère dans la nuit en Hongrie où elle a été incarcérée dans des conditions terribles et où elle vient d’être condamnée le 4 février à 8 ans de prison. Flippant... Et l’histoire n’est pas finie : gageons que la mort du militant identitaire Quentin victime d’un tabassage à Lyon le 12 février va être largement utilisée par le pouvoir pour servir cette stratégie de neutralisation de toute opposition au fascisme.

Hécatombe en mer
Pour les africains qui traversent la mer méditerranée vers l’Europe, le début d’année 2026 a été le plus meurtrier depuis 2014 (date à laquelle l’OIM a débuté cette comptabilisation macabre) : 524 morts connus dont 55 personnes le seul 6 février du fait du naufrage d’une embarcation au large de la Lybie. Ce même jour à Paris des centaines de personnes se rassemblaient à l’occasion de la journée mondiale contre le régime de mort aux frontières, instituée en souvenir du massacre de migrants du 6 février 2014 dans l’enclave espagnole de Ceuta. Aucune protestation du côté des États africains qui pour la plupart collaborent activement avec l’Europe forteresse, comme l’État tunisien qui a maintenu en détention pendant plus de 20 mois, 23 travailleurs humanitaires et les conseillers municipaux qui leur ont prêté des locaux pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants. Ils ont tous été libérés le 6 janvier écopant de deux ans de prison avec sursis.

Criminalisation des luttes en solidarité avec la Palestine
Une nouvelle loi dite « Yadan » (du nom de la député Ensemble pour la République) est en préparation, le gouvernement ayant même engagé une procédure accélérée sur ce texte, visant à criminaliser les critiques envers l’État d’Israël en les assimilant à de l’antisémitisme. Défendre le droit à la décolonisation et donc le démantèlement d’institutions coloniales ou encore employer le terme «  génocide  » pour parler des crimes de l’armée israélienne tomberait sous le coup de la loi.
Le 7 janvier à Paris, la librairie indépendante et engagée Violette and Co a fait les frais de ce tournant dans la répression des luttes pro-palestiniennes : perquisitionnée par cinq OPJ en uniforme et un substitut du procureur de la République, sur la base d’une enquête « pour importation de publication destinée à la jeunesse comportant un contenu dangereux pour elle en raison de son caractère pornographique, illégal ou immoral ». L’objet de la perquisition : un ouvrage de coloriage pour enfants, illustré par le Sud-Africain Nathi Ngubane et intitulé From the river to the sea, (« De la rivière à la mer »). La Commission de surveillance et de contrôle des publications pour la jeunesse (CSCPJ) a donné un avis défavorable en catimini à l’importation de l’ouvrage, mais jamais la librairie n’en a été informée. La police est repartie bredouille, le livre n’était plus vendu. Il apparaissait en juin dernier dans la vitrine aux côtés de nombreux ouvrages sur la Palestine, ce qui a valu a la librairie d’être vandalisée, menacée et harcelée... des subventions lui ont été retirées.

Justice et Vérité pour les morts entre les mains de la police
Le 3 janvier à Houilles (78) une marche a réuni une centaine de personnes à l’appel du comité « justice et vérité pour Abdulaï Jau » qui considère que l’accident qui a causé la mort de ce jeune de 20 ans s’est produit dans des conditions opaques. Le 21 novembre dernier à 11h, Abdulaï se rendait au centre de loisir dans lequel il travaillait comme animateur, sa moto est entrée en collusion avec une camionnette. Transporté à l’hôpital dans le coma, il est décédé début janvier. Des témoins affirment qu’il était poursuivi par une voiture de la BAC ce que confirme la double enquête ouverte par le parquet de Versailles : pour refus d’obtempérer et pour homicide involontaire. Laissés dans le flou, les proches d’Abdulaï ont engagé un avocat et organisé cette première marche. À suivre.
Insupportable déni de vérité et de justice aussi pour les proches d’El Hacen Diarra. Ce jeune travailleur mauritanien de 35 ans est mort suite à son interpellation par la police le 14 janvier vers 22h alors qu’il était descendu au pied du foyer des Mûriers où il vivait dans le XXe, pour boire un café et fumer une cigarette. Les flics l’accusent d’avoir fumé un joint… et cela justifierait qu’ils l’assomment de coups de poings alors qu’il est plaqué au sol puis l’étranglent comme le montrent la vidéo filmée par des voisins et les traces corporelles révélées par l’autopsie ? Son frère Ibrahima a résumé la situation face aux milliers de personnes venues manifester le18 janvier : « Il est venu chercher son pain en France, le voilà parti à jamais ». Yassine Bouzrou avocat de la famille considère quant à lui que le délai de 5 jours avant que la procureure saisisse un juge d’instruction est d’autant plus préjudiciable à la recherche de la vérité que le commissariat du XXe dont sont issus les flics responsables de l’interpellation d’El Hacen est déjà connu pour différentes affaires de violences (dont la mort de Lamine Dieng en 2007) et d’agressions sexuelles (flics condamnés en 2019 et 21)...
À Pontoise les proches de Dylan manquent de témoignages sur ce qui a pu arriver lors de l’interpellation qui lui a valu la mort le 5 septembre dernier et lancent un appel à témoins : « Nous savons que certaines personnes ont pu assister aux faits, filmer, ou voir ce qu’il s’est réellement passé. Nous savons aussi que la peur, les pressions ou les intimidations peuvent faire taire des témoins ». Pour les contacter en toute confidentialité : justicepourdylan[at]gmail.com , Instagram : @justicepourdylan.

Aboubakar Fofana
Le 3 juillet 2018 dans le quartier nantais du Breil, Aboubakar Fofana, alors âgé de 22 ans, a été tué d’une balle dans le coup par un policier (voir RE175). Le CRS a d’abord évoqué la légitime défense, alors que le jeune homme tentait de fuir le contrôle en marche arrière, avant de parler d’un tir accidentel. Cette version sera rapidement mise a mal par les témoins, le médecin légiste, l’expert balistique et même par un flic présent au moment des faits qui a reconnu la « bavure » - selon ses mots - lors du procès en janvier dernier devant la cour criminelle de Loire-Atlantique. Livré à lui-même, le CRS jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner a été condamné à 7 ans de prison ferme avec mandat de dépôt.

Parechocage
En avril 2023, une patrouille de police émanant là encore du comico du XXe, prend en chasse 3 adolescents à scooter, de 13, 14 et 17 ans, Salif, Ilan et Safiatou, fuyant par crainte de « représailles » (voir RE211). Le deux roues finira dans le décor, occasionnant de graves blessures aux enfants, mais aussi de lourdes séquelles psychologiques. Au terme de son enquête la juge d’instruction a décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel de Paris le policier au volant pour « violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique ». Celui-ci a d’abord nié tout contact entre son véhicule et le scooter. Mais les nombreux témoignages qui décrivent un coup de volant volontaire, confirmés par l’expertise des véhicues, et le refus de ses propres collègues de signer le PV, l’ont obligé à concéder qu’un « contact totalement involontaire » avait pu se produire. Mais, l’enquête se limite au parechocage, et oublie le reste : l’exhibition d’une arme par la policière passagère avant, l’ouverture d’une portière par le policier passager arrière, autant d’acharnements à stopper le scooter coûte que coûte, au risque de tuer des enfants.

« Faux en écriture publique »
Ils avaient 15 ans en 2020. Quatre collégiens de Vitry - faussement accusés par des policiers pour un vol qu’ils n’ont pas commis - ont dénoncé les conditions de leur arrestation. Menaces, insultes à caractère raciste et homophobe, humiliations, violences, détention arbitraire... deux policiers sont finalement poursuivis pour le seul délit de « faux en écriture publique » devant le tribunal correctionnel. Le parquet a fait le choix de sous-qualifier les faits pour que cette infraction qui, commise par des policiers, est en théorie criminelle, soit jugé en correctionnelle.
Une autre affaire, plus médiatique mais aussi plus lourde de conséquences puisque certains jeunes innocents ont passé plusieurs années en prison suite au faux produits par des policiers : après l’attaque de Viry-Châtillon, il fallait des coupables pour les Assises. Au procès en appel la tricherie des OPJ est mise à jour. Avril 2021, huit des treize accusés sont acquittés, des plaintes sont déposées contre les policiers pour « faux en écriture publique », « escroquerie au jugement » et « violences volontaires », par « personne dépositaire de l’autorité publique » (RE 198, 204 ou 214), crimes passibles d’une peine de 15 ans de prison.
Dans cette affaire où les preuves matérielles faisaient défaut, toute l’accusation s’était basée sur les seules déclarations d’un individu et les interrogatoires retranscrits sur PV. Ainsi lorsque le témoin a innocenté certains jeunes, les policiers ont écrit le contraire... Les PV des interrogatoires ont aussi été tronqués, biaisés dans le but d’étayer l’accusation. Quatre année d’instruction, 5 juges différents, 20 mois pour retranscrire les enregistrements vidéo des gardes à vue confirmant les falsifications, une enquête très, très lente, bâclée et partiale. Des policiers entendus, seuls 4 ont été placés sous le statut de témoin assisté. En octobre 2025 les magistrats ont annoncé la fin de l’instruction, aucun des policiers n’ayant été mis en examen, sauf nouveau rebondissement, il n’y aura pas de procès. La justice se contentera des allégations des policiers, validant ainsi la thèse de maladresses dans leurs écrits, « sans la volonté de nuire »...

Une victoire à savourer
Après deux ans de lutte acharnée avec le soutien indéfectible de la CGT Culture, le Tribunal administratif de Paris a annulé la sanction contre Bruno et Ibrahima, veilleurs de nuit à Paris-Musées et la Mairie de Paris abandonne définitivement les poursuites contre eux. Malheureusement, leur ex-"supérieur", qui avait tenu des propos racistes à leur encontre en décembre 2023 (« Vous, les Noirs, vous ne voulez pas travailler ») et provoqué leur colère, n’est toujours pas inquiété à ce jour et a même été promu en interne...